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Actualité publiée le 02/05/2013 dans Revue de presse

Charles Gardou lors de son intervention à la table ronde sur le thème de la société inclusive, organisée par l’APF dans le cadre de son Assemblée générale principale, le 30 juin 2012, à Auxerre :

"FaireFace : Cet idéal d’inclusion concerne-t-il uniquement les personnes en situation de handicap ?

C.G : Non, il va bien au-delà. Une société inclusive se conçoit à l’encontre de la dérive, trop fréquente, consistant à donner davantage aux déjà-possédant et des parts réduites à ceux qui, ayant le moins, nécessiteraient le soutien le plus affirmé. Elle remet en question les mécanismes par lesquels les premiers augmentent leur avantage sur les seconds, en réalisant des plus-values et en capitalisant les conforts. La gageure d’une société inclusive est de réunifier les univers sociaux hiérarchisés pour forger un « nous », un répertoire commun, une communauté où la solidarité avec les plus fragiles est dictée par une proximité de destin.


FaireFace : Qu’entendez-vous par là ?

C.G : Aucun être identique n’a existé, n’existe et n’existera : chaque être est singulier. Cependant, nous avons tous en commun une même vulnérabilité. Toute vie est irrémédiablement chétive, imparfaite et condamnée à une issue identique. La vulnérabilité peut, à chaque instant, exploser en nous. Les personnes en situation de handicap ne relèvent donc pas d’un type humain à part. Comme tous les être humains disséminés sur la planète, elles sont des variations sur le thème du fragile et du singulier. L’idée de société inclusive implique une intelligente collective de la vulnérabilité, conçue comme un défi humain et social à relever solidairement. Il n’y a ni vie minuscule, ni vie majuscule."

L’anthropologue Charles Gardou vient de publier un livre sur les fondements de la société inclusive. Il nous explique la différence entre intégration et inclusion, justifie que le patrimoine commun de l’humanité doit être accessible à tous et rappelle que les êtres humains ont en commun la vulnérabilité

Actualité publiée le 08/04/2013 dans Revue de presse

SCOP, toujours ! Société basée à Nantes, Titi Floris est une entreprise de transport routier, organisée en société coopérative et participative (SCOP), et qui a obtenu le label d’entreprise « solidaire ». Un exemple de réussite, où l’argent n’est pas la seule motivation. Plus de vie, moins de profits !

La coopérative Titi Floris gère, entre autres, le transport des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer.

Le minibus Titi Floris se gare dans la cour de cette maison d’accueil pour personnes âgées atteintes de la maladie d’Alzheimer. Nous sommes à Nantes. Lucien et Jeanne sortent du bus, aidés par Jacques, le conducteur, cinquante-huit ans. « Je suis moi-même légèrement invalide. Je sais comment m’occuper des personnes fragiles à la mobilité réduite. »

« Nous accueillons les personnes atteintes d’Alzheimer pour soulager les familles dans la journée. Sans un transporteur capable d’assurer la mobilité de ces personnes avec des véhicules spécifiques, au plancher bas, nous ne pourrions pas fournir ce travail d’aide aux familles », affirme Cathy Fontaine, responsable de la Maison des aidants à Nantes. Autre atout essentiel : « Le conducteur qu’ils retrouvent régulièrement fait partie de l’entourage de ces personnes âgées malades. » C’est aussi ce que détaille Boris Couilleau, gérant de l’entreprise chargée du transport, qui couvre neuf départements : « Nous prenons du temps avec des publics qui demandent plus d’attention. Nous restons souvent deux ou trois heures avec ces personnes à la mobilité réduite. Nous effectuons également du transport scolaire. Les trajets peuvent être longs. Les enfants passent souvent autant de temps en journée avec le conducteur qu’avec certains enseignants ou éducateurs. Le bus est une sorte d’écosystème. Les jeunes aiment retrouver la même personne. » Et Boris Couilleau de poursuivre : « Les enfants se confient. On récolte des informations qu’on livre aux professeurs. Il y a un intérêt pédagogique. Nous créons du lien social pour les personnes les plus âgées comme pour les plus jeunes. »

Bienvenue chez Titi Floris, l’un des principaux autocaristes de la région nantaise et des pays de Loire. L’entreprise est une société coopérative et participative (SCOP), qui appartient à plus de 51 % à ses salariés associés. Chaque associé salarié participe à la gouvernance de l’entreprise à travers notamment le vote au sein des assemblées générales. L’exécutif de la coopérative est élu par les salariés. Les résultats de l’entreprise sont également reversés aux associés sous forme de participation de dividendes.

« L’idée de ce statut, en confiant la propriété de l’entreprise aux salariés, consiste surtout à pérenniser l’activité. Nous ne sommes pas contraints de reverser des dividendes à tel ou tel actionnaire anonyme, même si nous le faisons pour nos associés salariés. Il est normal que ceux qui travaillent dans l’entreprise puissent avoir un intéressement sur les résultats.

« Nous, c’est 10 % »

 » Les choses sont cependant bien plus raisonnables par rapport à ce que l’on peut trouver dans un actionnariat classique qui peut dilapider la trésorerie d’une boîte. Personne ne veut couler son outil de travail. Le statut de la SCOP exige qu’une partie importante des bénéfices reste dans l’entreprise pour assurer le maintien des emplois en cas de difficultés », explique Boris Couilleau.

Certaines entreprises cotées peuvent reverser sous forme de dividendes plus de 50 % de leurs résultats nets. « Nous, c’est 10 %. Mais ces 10 % vont dans la poche de salariés », poursuit le gérant.

En 2006, Boris Couilleau, diplômé d’une grande école de commerce (Sup de Co Nantes), occupe un poste de cadre dans une filiale de Veolia Environnement, mastodonte multinational de la gestion de l’eau, des déchets et des transports collectifs. « Ce n’était pas très intéressant. L’argent n’était pas réellement mon moteur. C’est une chose sérieuse mais il doit servir à créer de l’activité et non pas devenir une valeur en soi . »

Il quitte tout et fonde Titi Floris. « Les coopératives participatives sont rarement créées ex nihilo. Cela passe par une transmission ou par une reprise de l’activité par les salariés. J’ai créé une coopérative à partir de rien, ma mère était ma première associée. Les banques refusaient de nous prêter de l’argent pour lancer notre activité. Le mouvement des SCOP nous a permis de trouver nos 15 000 premiers euros », décrit le fondateur de l’entreprise. L’ascension est fulgurante. En 2006, première année de son lancement, l’autocariste compte 18 conducteurs. 65 associés et 275 salariés travaillent aujourd’hui chez Titi Floris.

« Nous avons également bénéficié de circonstances particulières. Un de nos concurrents a fait faillite et une des filiales de Veolia s’est retirée du marché, le jugeant pas assez rentable. Les choses ont vraiment démarré pour nous lorsque nous avons remporté l’appel d’offres public à Angers. La mairie nous a fait comprendre que le fait d’être une SCOP a joué en notre faveur dans l’obtention du marché », explique le gérant de Titi Floris.

Les autocaristes ont longtemps véhiculé une image sociale dégradée. Heures non payées, saisie des prud’hommes, salaires dérisoires, CDI inexistants, licenciements abusifs. « J’ai cinquante-huit ans, j’étais mécanicien, je me suis retrouvé au chômage à deux ans de la retraite, avec une légère invalidité. Cela se présentait mal pour moi. Titi Floris m’a engagé », relate Jacques, conducteur en charge entre autres du transport des personnes atteintes d’Alzheimer sur Nantes. L’entreprise compte parmi ses conducteurs beaucoup de salariés âgés de plus de 50 ans. La coopérative a signé une convention avec Pôle emploi. Sur les 275 salariés, 45 sont en situation de handicap ou de légère invalidité. La société accorde à chacun de ses chauffeurs des CDI.

« Titi Floris a obtenu le label d’entreprise “solidaire”. Cela n’est pas propre au statut juridique de la SCOP bien entendu. Rien ne nous obligeait à recruter des gens en difficulté. Mais cela correspond aux valeurs coopératives. La SCOP impose un plafond dans les écarts salariaux. Le gérant ne peut pas percevoir un salaire trois fois supérieur au premier salaire. Cela joue un rôle de proximité et de “philia” entre les membres de l’entreprise », explique le gérant. « C’est le jour et la nuit avec ce que j’ai pu vivre chez d’autres employeurs », explique Jacques. « La démocratie directe en entreprise ne peut pas exister. C’est également le cas des SCOP. La hiérarchie doit être respectée mais le dialogue social est bien plus riche que dans les sociétés aux statuts différents. L’assemblée générale permet de responsabiliser un peu tout le monde. Les dirigeants ne restent pas dans leurs bulles », précise le gérant de Titi Floris.

Tradition mutualiste

La jeune SCOP affiche un chiffre d’affaires de 5,2 millions d’euros. Son taux de marge est cependant quasi inexistant et se situe entre 0 et 2 %. « En restant longtemps, en prenant du temps pour ces publics à mobilité réduite, nous ne gagnons pas beaucoup d’argent. Les autres entreprises du secteur essaient de récupérer leurs marges en pressurant leurs salariés. Ce n’est pas notre philosophie. Nous gagnons de l’argent surtout dans la revente de nos véhicules amortis », affirme le jeune gérant.

Boris Couilleau ne cache pas une certaine fierté : « J’ai contribué à créer un véritable service pour des personnes fragiles et pour les enfants. Cette activité n’est pas dictée par l’argent et le taux de rentabilité correspondaient à mes valeurs. » Il ne revendique aucun engagement spirituel. Peut-être un héritage chrétien. « L’ouest de la France a longtemps été une terre de forte tradition catholique. Le catholicisme a encouragé et développé les mouvements coopératifs et mutualistes. L’économie sociale et solidaire est peut-être plus enracinée ici », avance-t-il.

En France, le fonctionnement des SCOP reste encore très méconnu. « Un jour, un banquier m’a demandé si les 65 associés de l’entreprise devaient voter pour l’achat d’un crayon. La question de l’accès au financement pour les SCOP reste encore difficile », confie le jeune gérant.

Les coopératives participatives deviennent cependant une réalité de plus en plus présente dans le tissu économique de notre pays. Elles étaient au nombre de 700 en 1998. Elles sont plus de 2 200 en 2012.

Actualité publiée le 01/01/2013 dans Actus

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